Ernesto
Guevara, dit le Che
Nommé à la tête de l’industrie et
des réformes agraires du pays, puis de la banque nationale,
le «Che» devient
l’homme fort du nouveau pouvoir dans le sillage du leader
cubain. Il publie en 1960 un «Traité
de la guérilla» largement censuré
dans l’ensemble des pays d’Amérique Latine
et s’installe dans le rôle de porte-parole officiel
de la révolution cubaine sur la scène internationale.
A peine perturbé par l’épisode de la baie
des Cochons où il commande lui-même la chasse
aux contre-révolutionnaires soutenus par la CIA et
par celui de la crise des missiles russes, Che Guevara parcours
le monde pendant plus de 5 années en bon ambassadeur
de l’idéal marxiste cubain et de la lutte contre
l’impérialisme réunis. Amérique
Latine, Europe, Union Soviétique, Chine, mais aussi
Algérie et Afrique Noire, le Che est de tous les combats,
de toutes les causes.
En mars 1965, il démissionne de tous ses mandats gouvernementaux
à Cuba et s’engage dans la guérilla bolivienne
en lutte contre le pouvoir en place. Après quelques
défaites, le gouvernement Bolivien annonce la capture
du «Commandante»
et son exécution le 9 octobre 1967.
De guerillero engagé, le «Che» devient
alors une véritable légende vivante, symbole
de tous les mouvements révolutionnaires qui caractérisent
les années 60. L’image du jeune militaire barbu
et romantique, béret à l’étoile
solitaire vissé sur la tête est aujourd’hui
encore une véritable icône que de nombreuses
générations se sont appropriées.
Son corps n’a été retrouvé qu’en
1997 et a été transporté à Cuba
où il reçut un ultime hommage de la nation tout
entière. Sa dépouille repose désormais
à Santa-Clara dans un mausolée dédié
à sa mémoire.
Indissociable des idéaux ayant abouti à la réussite
de la révolution cubaine, Che Guevara est devenu un
véritable mythe en mourant jeune au service d’une
cause qu’il pensait universelle : le don de soi, sans
concession, aux plus démunis et la lutte contre la
tyrannie et l’oppression. Symbole indétrônable
de la foi et de l’espoir du peuple cubain, le «Che»
apparaît encore aujourd’hui en filigrane dans
leur vie de tous les jours et sur les murs de leurs villes,
comme un messie moderne et bienfaiteur. Son ombre plane toujours
dans les esprits et l’on chante chaque matin dans les
écoles cubaines «Seremos
como el Che» (nous serons comme le Che).
Témoin des injustices de son temps, Ernesto Che Guevara
fut aussi un remarquable photographe, tour à tour correspondant
de guerre et historien sans concession. Il fut lui-même
l’objet d’une véritable passion photographique
où la propagande le disputait au magnétisme
qu’exerçait l’homme sur ceux qui l’approchaient.
On ne compte plus les clichés du «barbudo»
en treillis militaire, fumant – un comble pour cet asthmatique
chronique - l’un de ses énormes Cohiba, la marque
de cigares qu’il avait créée. Une autre
belle propagande pour l’un des principaux produits d’exportation
du Cuba post-révolutionnaire. Le portrait le plus célèbre
du «Che» le représente cheveux au vent,
son célèbre béret avec une étoile
solitaire vissé sur le crâne. Cette représentation
généralement associée au slogan «Hasta
la revolucion siempre» est même devenue l’une
des images d’Epinal du Cuba touristique et fait partie
des photos incontournables que l’on rapporte d’une
visite dans l’île. C’est cette même
image que le marketing post année 60 a su habilement
détourner à son profit pour vendre à
peu près n’importe quoi, du tee-shirt pseudo
revendicateur au rock non conventionnel en passant par l’incontournable
poster, bref tout ce que la génération pop a
voulu marquer de son empreinte en s’appropriant le «Che»
comme icône officielle aux côtés de Bob
Dylan et du symbole anti-nucléaire. Passé la
vague néo-révolutionnaire de la fin des années
60 et du début des années 70, le «Che»
est devenu chic, starisé façon Marilyn par un
Andy Warhol au sommet de son art. Ernesto Guevara a du s’en
retourner dans sa tombe. Pour autant la «Che»
mania s’inscrit tout simplement dans le besoin inaliénable
des jeunes générations à se trouver un
héros, un héros d’autant plus anti-conventionnel
que la recherche de convictions est confrontée à
un monde organisé autour des notions de compétition
et de consumérisme.
Bref Che Guevara est l’éternel rebelle, symbole
de désintéressement absolu, promoteur imprescriptible
de l’idée du «Nouvel
Homme». Et il semble que plus de trente cinq
ans après sa mort, ses valeurs fassent encore recette,
même si la plupart des personnes qui, aujourd’hui,
revendiquent son héritage, n’étaient pas
nées au moment où disparaissait le mythique
révolutionnaire. Trente-cinq ans après sa mort,
le «Che» n’a jamais été aussi
bien portant… |